Monaco sort de la liste grise du GAFI : comment la banque andorrane accélère les transferts de patrimoine

La sortie de Monaco de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) ouvre la voie à une révision, par l’Unité de renseignement financier d’Andorre (UIFAND), de son communiqué technique CT-03/2026, visant à retirer ce pays de la liste des juridictions à haut risque. Pour les patrimoines transférant des fonds ou structurant des investissements entre la Principauté de Monaco et la Principauté d’Andorre, cela signifie le passage immédiat d’une supervision bancaire avec mesures renforcées de diligence raisonnable à une analyse de risque ordinaire, réduisant ainsi les délais de transfert de patrimoine et limitant la friction bureaucratique.

  • Fin de la surveillance renforcée automatique : Les entités obligées andorranes (banques, notaires, conseillers fiscaux et avocats) ne seront plus contraintes par la réglementation préventive de classer systématiquement toute opération en provenance ou à destination de Monaco comme étant à haut risque.
  • Réduction des délais d’ouverture et de transfert : L’onboarding bancaire et les transferts de capitaux pour acquérir des actifs ou constituer des dépôts en Andorre verront une réduction substantielle des demandes de documentation exhaustive supplémentaire.
  • Focus soutenu sur les actifs virtuels : Le GAFI maintient la pression sur les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN), ainsi les opérations crypto ou impliquant des actifs numériques entre les deux places continueront d’être soumises à un standard de contrôle strict.

Ce qu’impliquait la qualification de Monaco selon le communiqué technique CT-03/2026 de l’UIFAND

En juin 2024, le GAFI a placé Monaco sur sa liste des juridictions sous surveillance renforcée en raison de déficiences techniques dans ses protocoles de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. En conséquence directe de ce mandat international, les organismes de supervision nationaux ont dû durcir leur position. En Andorre, l’UIFAND a formalisé cette obligation par son communiqué technique CT-03/2026, imposant à toutes les entités obligées du pays l’application obligatoire de mesures renforcées de diligence raisonnable (Enhanced Due Diligence ou EDD).

Dans la pratique financière quotidienne en Andorre, cela signifiait que toute personne physique ou morale souhaitant transférer des fonds depuis un compte bancaire monégasque, liquider une position d’investissement ou justifier l’origine des fonds pour solliciter une résidence en Andorre devait se soumettre à un double examen normatif :

  • Justification documentaire exhaustive de l’origine primaire des fonds, l’extrait ou le certificat émis par l’établissement financier de Monaco ne suffisant pas.
  • Approbation hiérarchique du département de conformité (Compliance) de l’entité andorrane, ce qui faisait traîner les transferts ordinaires pendant des semaines.
  • Révision renforcée au niveau notarial lors de la formalisation d’actes d’investissement immobilier ou de constitution de sociétés impliquant des capitaux provenant du micro-État méditerranéen.

Après la réunion plénière du GAFI de fin octobre 2026, au cours de laquelle il a été constaté que Monaco a corrigé les déficiences normatives et institutionnelles signalées depuis plus de deux ans, la juridiction retrouve son statut de conformité ordinaire. Cela ouvre la voie à l’abrogation ou à l’ajustement du communiqué CT-03/2026 par l’UIFAND, normalisant ainsi les relations opérationnelles entre les deux centres financiers européens.

Différence opérationnelle : diligence renforcée versus diligence ordinaire

La fin de la liste grise ne signifie pas l’absence de contrôle. Le système bancaire andorran opère selon les standards de la Banque Centrale Européenne et la réglementation européenne contre le blanchiment d’argent, en appliquant toujours une diligence raisonnable basée sur le risque. Cependant, le changement opérationnel après la sortie de la catégorie « haut risque » est substantiel pour l’investisseur.

Aspect opérationnelAvec Monaco en liste grise (EDD obligatoire)Après la sortie du GAFI (Risque standard)
Délai moyen de vérification bancaireDe 3 à 6 semaines pour les transferts complexes ou ouvertures.De 3 à 7 jours ouvrables selon la clarté de l’origine des fonds.
Traçabilité requiseHistorique bancaire pluriannuel complet, contrats de vente originaux et certificats notariés croisés.Certification bancaire standard de l’entité d’origine et contrats justificatifs de base.
Intervention des départements de conformitéRévision obligatoire par des comités de risque et escalade vers la direction.Approbation technique ordinaire par l’analyste assigné au compte.
Opérations commerciales et notarialesRétention conservatoire des dossiers notariaux jusqu’à validation renforcée de l’UIFAND.Traitement ordinaire conforme à la Loi andorrane de prévention du blanchiment.

Impact sur les patrimoines transférant leur résidence en Andorre

Monaco et Andorre partagent un profil similaire de demandeurs de résidence : profils fortunés (HNWI), entrepreneurs numériques, sportifs de haut niveau et familles avec des revenus de capital internationaux. Ces dernières années, un nombre croissant de résidents à Monaco a opté pour l’Andorre en quête de plus d’espace, de tranquillité et d’un cadre fiscal compétitif et transparent, où les impôts en Andorre fixent un taux maximum de 10 % tant pour l’impôt sur le revenu (IRPF) que pour l’impôt sur les sociétés.

Pour ceux qui décident de déplacer leur base patrimoniale via la résidence sans activité lucrative (régie par l’article 96 de la Loi sur l’immigration modifiée par la Llei 2/2026), le changement de statut de Monaco a des conséquences immédiates. Cette modalité exige un investissement minimum de 1 000 000 d’euros dans des actifs andorrans (ou 400 000 euros dans le Fons d’Habitatge), en plus du dépôt non remboursable de 50 000 euros auprès de l’Autoritat Financera Andorrana (AFA).

Lorsque les fonds destinés à couvrir ces exigences provenaient de comptes monégasques, le processus de conformité préalable auprès de la banque andorrane pour pouvoir émettre les certificats financiers exigés par le Service de l’Immigration subissait d’importants goulots d’étranglement. Les départements de conformité andorrans exigeaient des chaînes de garde de l’argent extrêmement détaillées, face à l’obligation réglementaire imposée par l’UIFAND. Avec l’exclusion de Monaco de la liste grise, l’apport de fonds provenant d’entités financières de ladite principauté retrouve une agilité comparable à celle des fonds provenant de France, d’Espagne, de Suisse ou de tout autre État membre de l’Espace Économique Européen.

Répercussions pour la création d’entreprises et la détention d’actifs

Les entrepreneurs avec des structures sociétaires à Monaco qui souhaitent créer une entreprise en Andorre pour opérer internationalement rencontreront moins de frictions lors des démarches d’investissement étranger. Bien que le Registre des Sociétés et les banques andorranes continuent de vérifier exhaustivement la propriété réelle du capital (UBO), l’élimination de Monaco des listes de suivi évite les obstacles supplémentaires associés aux juridictions non coopératives ou défaillantes.

Un exemple illustratif courant est le transfert de dividendes ou de réserves accumulées dans une entité monégasque vers la société mère ou filiale andorrane :

Exemple illustratif : Une société patrimoniale andorrane reçoit un dividende de 1 500 000 € provenant d’une filiale à Monaco. Sous le communiqué CT-03/2026, la banque andorrane était légalement obligée de demander des bilans audités pluriannuels, des procès-verbaux de l’assemblée monégasque et une vérification exhaustive de l’origine de chaque flux de trésorerie préalable. Avec la sortie de la liste du GAFI, l’entité réceptrice appliquera le protocole ordinaire : vérification de l’accord de distribution, justification comptable standard et accréditation de l’imposition correspondante, traitant le virement dans un délai significativement plus court.

L’avertissement du GAFI sur les actifs virtuels : aucune relaxation pour le secteur crypto

Un aspect que les investisseurs ne doivent pas négliger dans la dernière résolution du GAFI est le mandat explicite d’accélérer l’application de ses standards sur les actifs virtuels. L’organisme a alerté avec fermeté sur la nécessité de redoubler de vigilance face à l’utilisation de crypto-actifs pour le blanchiment d’argent et la fraude internationale.

Cela signifie que la normalisation opérationnelle de Monaco profite à la monnaie fiduciaire, aux portefeuilles d’investissement traditionnels, à la dette publique et aux participations sociétaires conventionnelles. Cependant, les patrimoines dont l’origine provient de gains réalisés sur des plateformes de crypto-actifs basées à Monaco ou gérées par des intermédiaires sans licence PSAN pleinement homologuée continueront de faire face à une analyse restrictive de la part des banques andorranes, qui appliquent un critère de prudence réglementaire maximale approuvé par l’AFA.

À qui profite cette mesure et qui doit rester prudent

La normalisation technique est une nouvelle positive pour un profil très précis d’investisseur :

  • Bénéficie directement : Aux résidents ou anciens résidents à Monaco qui ont acquis ou vont acquérir des biens immobiliers en Andorre pour des montants supérieurs à 800 000 € et avaient besoin de canaliser les fonds depuis des entités bancaires monégasques sans délais contractuels.
  • Bénéficie aux gestionnaires et family offices : Qui coordonnent des portefeuilles d’investissement entre les deux juridictions et avaient besoin de déplacer des liquidités pour profiter d’opportunités d’investissement dans des instruments financiers ou des fonds andorrans (qui comptent pour la résidence passive pour un maximum de 36 mois).
  • N’exempte pas de contrôle : Les structures complexes avec des actionnaires intermédiaires dans des paradis fiscaux ou des juridictions non coopératives, ni les fonds dont l’origine provient d’activités non vérifiables de manière documentaire. La sortie du GAFI ne vaut pas amnistie de conformité ; elle élimine simplement une présomption légale de risque aggravé.

Sources

Si vous prévoyez de transférer votre patrimoine, d’ouvrir des comptes bancaires opérationnels ou de planifier la relocalisation fiscale de votre famille depuis une autre juridiction européenne, il est fondamental d’évaluer la traçabilité préalable de vos actifs pour assurer une entrée fluide dans le système financier andorran. Vous pouvez solliciter une consultation détaillée pour analyser votre cas spécifique avec notre équipe.

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